Chronique

Jeudi 13 juillet 2006

Demain, les français fêteront le 14 juillet. Pour la plupart d'entre eux, cette date est synonyme de défilés, de bals populaires, de feux d'artifice et de départs en vacances. Pour d'autres, ce sera l'occasion de fêter les grandes heures de la république.

Officiellement, le 14 juillet célèbre la fête de la fédération de 1790 durant laquelle le roi Louis XVI prêta serment devant la nation. Cependant, lorsque cette date a été retenue le 6 juillet 1880 comme fête nationale (dix ans après la commune), il ne faisait aucun doute que les français commémoreraient un autre 14 juillet : celui de 1789.    

Mais que s'est-il passé de si important le 14 juillet 1789 ? Historiquement, presque rien! Pas de grand discours fondateur, pas de bataille contre un quelconque envahisseur, pas de traité de paix, pas de déclaration des droits et des libertés,... Le 14 juillet 1789, la foule excitée par des rumeurs et à la recherche de poudre s'est emparée d'une prison où était enfermée sept aristocrates. Le gouverneur de la Bastille, le marquis De Launay, fut décapité et sa tête portée en triomphe dans les rues de Paris. Il ne se passa rien le 14 juillet 1789, si ce n'est un rituel macabre, inhumain et inutile.

Pour les français, la prise de la bastille est surtout un symbole. En politique, les symboles sont importants. Ils forgent les mentalités et les habitudes. Aux Etats-Unis, la fête nationale a lieu le 4 juillet pour célébrer la déclaration d’indépendance. La révolution américaine n’a pas été plus propre que la révolution française, mais les américains ont préféré retenir la date où ils ont déclaré que:  

«Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. ».

 

Les français aussi auraient pu choisir une autre date:

Le 20 juin pour célébrer le serment du jeu de paume et la démocratie parlementaire.

Le 4 août pour fêter l'abolition des privilèges.

Le 27 août pour la déclaration des droits de l'homme.

Nous aurions ainsi montré notre attachement à l’Etat de droit, à la limitation du pouvoir des gouvernants sur les gouvernés, aux libertés individuelles et la démocratie parlementaire. Au lieu de cela, nous avons préféré le 14 juillet : le jour où une poignée de révolutionnaires violents ont décapité d’autres hommes au nom du salut public. C’est cet exemple que la France a choisi!

Les américains admirent leurs pères fondateurs, Washington, Jefferson, Adams, Lincoln, Roosevelt, puis Luther King. Les français préfèrent Robespierre, Danton, Saint Just, Mao, Trotsky et le Che. Les américains respectent leurs institutions démocratiques et n’ont eu qu’une seule constitution en deux cent ans. Les français manifestent régulièrement rejouant dans leurs rues le 14 juillet 1789. D’ailleurs, ces manifestations se déroulent généralement entre « la république » et « la place de la Bastille». Les manifestants parlent alors de «luttes» ou de «combats». Vocabulaire martial qui n’a pas grand chose à voir avec la démocratie parlementaire!

 

En politique, le vocabulaire aussi est important !    

 

Au printemps dernier, une partie de la jeunesse française utilisait la force pour bloquer illégalement les universités, les routes et l’économie du pays et cela afin d’obtenir le retrait du contrat premier embauche. Ils ne faisaient que suivre l’exemple des révolutionnaires du 14 juillet qu’on leur a toujours donné.

Evidemment, cela ne suffit pas à expliquer la crise du CPE, mais les symboles expliquent aussi les mentalités et les habitudes politiques!

     

Par Bastien
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Lundi 17 juillet 2006

Le président Chirac dit parfois des choses très intéressantes. Cela a été le cas le 12 juillet dernier lors de la commémoration de l’affaire Dreyfus. Jacques Chirac a parlé de la supériorité de «la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les règles fondamentales du droit naturel, le primat des droits individuels sur la raison d’Etat ».  Les penseurs libéraux comme J.Locke ou A. De Tocqueville auraient sans aucun doute approuvé de tels propos.

Depuis que les Etats existent, il s’est toujours trouvé des hommes et des femmes pour sacrifier les droits individuels au nom d’un intérêt général supposé supérieur aux intérêts privés des individus. Dans l’antiquité, les empereurs romains envoyèrent des chrétiens aux lions pour garantir la stabilité politique de Rome. Pour des raisons semblables, Louis XIV chassa les protestants de son royaume et confisqua une partie leurs biens. Sous la révolution, 300000 français furent assassinés au nom de l’intérêt général et de la république. Le XX eme siècle a été le siècle de la raison d’Etat. Il y a eu l’affaire Dreyfus. Certains pensaient alors que reconnaître l’innocence du capitaine revenait à déshonorer l’armée. Puis surtout, il y a eu les crimes des nationaux socialistes et des communistes. Les uns ont exterminé des juifs sous prétexte d’apporter le bonheur au peuple allemand. Les autres ont assassiné des « bourgeois » au nom du bonheur des «prolétaires ».

Sans le respect de la vie, les autres droits individuels n’ont aucun sens. Cela ne signifie pas pourtant pas que les autres droits n’ont aucune importance. Ils nous protègent contre les agressions des nos semblables et de l’Etat. Plus que cela, ils nous permettent de vivre selon nos propres valeurs et non celles d’autres hommes ou de la société. Les droits individuels font de nous des hommes et des femmes libres et responsables. Ils nous donnent notre dignité d’être humain. Le droit de propriété nous permet de nous approprier le fruit de notre travail. Sans lui nous sommes que des esclaves à la merci du bon vouloir d’un autre. Cet autre, c’est parfois la majorité à la tête de l’Etat qui cherche à orienter nos manières de vivre et de travailler! Il en va de même pour la liberté d’expression ou la liberté d’association.

Le 12 juillet dernier, les paroles de J.Chirac allaient dans le bon sens. Malheureusement, depuis 30 ans, les actions de J.Chirac suivent rarement ses paroles. La politique étrangère de la France est plus soucieuse « d’intérêts supérieurs de la nation » que de droits individuels. La France se soucie peu des droits des dissidents Chinois ou Cubains et J.Chirac n’a jamais été contre le fait de serrer la main d’un autocrate africain. La politique intérieure ne vaut guère mieux ! Les droits individuels passent régulièrement après l’intérêt général ou la fameuse justice sociale. Où est le droit d’association lorsque 5 syndicats ont officiellement le monopole de la représentation des salariés? Où sont les libertés individuelles lorsqu’un français ne peut choisir ni son assurance santé, ni son système de retraite, ni l’école de ses enfants? Où est la liberté de travailler et de circuler lorsque des syndicats bloquent routes et universités pendant 2 mois sans que le ministre de l’intérieur ne ressente le besoin d’intervenir ?

En France, la raison d’Etat prime encore trop souvent sur les règles fondamentales du droit naturel.

Par Bastien
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Mardi 18 juillet 2006

Connaissez vous la TNT ? Mais si…, cette formidable invention qui nous permet de recevoir gratuitement de nombreuses chaînes gratuites presque toujours sans intérêt! Si vous faites partie des chanceux qui ont la TNT, il vous arrive peut être de tomber par hasard sur LCP : La Chaîne Parlementaire. C’est ce qui m’est arrivé ce week-end! David Pujadas présentait une émission appelée « Le Contrat » et l’invité n’était autre que François Hollande. Pourtant, je ne vais vous parler ni de François Hollande, ni de sa femme, mais des propos de Denis Tillinac (que j’apprécie par ailleurs).    

Denis Tillinac voulait rappeler, à juste titre, à François Hollande que de nombreux jeunes (et moins jeunes) cadres français s’expatriaient afin de trouver un emploi et payer moins d’impôts. Jusqu’ici rien à dire! Mais je ne sais pourquoi, peut être pour ne pas trop choquer les oreilles de son interlocuteur socialiste, Denis Tillinac a pris un air désolé pour déclarer quelque chose comme : « Moi, je voudrais bien taxer les riches pour des raisons morales, mais ils partent à l’étranger. »

 

"Des raisons morales"!!!!!

 

Depuis quand nos dirigeants ont ils le droit de nous imposer leur morale ? Moi qui croyais vivre dans un pays laïc! Vous savez cette formidable invention qui permet à chacun d’entre nous de vivre justement selon sa morale et pas celle des autres ou de l’Etat ! La laïcité ne serait elle faite que pour les catholiques ? En principe, non! C’est une règle qui s’applique à chaque français y compris à messieurs Tillinac et Hollande. Une règle qui nous interdit d’utiliser le pouvoir de l’Etat pour imposer nos valeurs. Malheureusement, c’est précisément ce que font nos dirigeants lorsqu’ils utilisent l’impôt pour punir certains français ou en récompenser d’autres.

 

On peut pense que gagner trop d'argent est indécent, mais il s'agit là d'un jugement de valeur, d'une croyance, qui n'a pas à intervenir dans le débat public. La morale socialiste, comme la morale catholique, juive ou musulmane, doit s'arrêter au seuil de nos portes. L'impôt n'a pas pour fonction de punir les mauvais citoyens. Il doit uniquement financer de manière efficace l'Etat dont le but est de protéger nos libertés.

 

Ces paroles de Tillinac m'en rappellent d'autres. Celles de la philosophe et romancière Ayn Rand:

 

"Le bien, disent les mystiques de l'esprit, c'est Dieu, un être qui se définit uniquement par l'incapacité de l'homme à le concevoir, une définition qui stérilise la conscience de l'homme et démolit ses concepts d'existence.

Le bien, disent les mystiques du muscle, c'est la société, quelque chose  qu'ils définissent comme un organisme sans forme physique, un super être qui ne s'incarne dans personne en particulier et dans tout le monde en général excepté vous"

 

Ayn Rand - Atlas Shrugged

  

     

Par Bastien
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Vendredi 21 juillet 2006

Alexis de Tocqueville est né il y a un peu plus de deux cents ans. Depuis la publication du premier volume de « La démocratie en Amérique » en 1835, l'œuvre de Tocqueville est restée une source de réflexion et d'inspiration pour les libéraux. De Raymond Aron à François Furet, en passant par Ronald Reagan et Bertrand de Jouvenel, nombreux sont ceux qui ont été influencés par sa pensée. Dans ses deux principales œuvres, « La démocratie en Amérique » et «L’ancien régime et la révolution », Tocqueville s'intéresse à la démocratie. Aujourd’hui, la démocratie est devenue une réalité dans de nombreux pays. Pourtant, la démocratie moderne a peu de chose à voir avec l’idée que s’en faisaient les philosophes libéraux du siècle des lumières. 

 

Pour Tocqueville, les démocraties sont des sociétés où règne « l’égalité des conditions ». Toutefois, il ne fait pas référence à une égalité des biens, mais plutôt à une égalité des droits résultant de la disparition des différences héréditaires et de la participation de tous aux décisions publiques. Selon lui, l'avènement de la démocratie est un phénomène inéluctable. A ses yeux, « le développement graduel de l'égalité des conditions est un fait providentiel, il en a les principaux caractères: il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance de l'homme; tous les événements, comme tous les hommes, servent son développement » . Ainsi, la providence joue dans l’œuvre de Tocqueville le même rôle que l’historicisme chez Marx: elle dirige l’évolution des sociétés humaines. Dès lors, il ne s’agit plus pour Tocqueville d’approuver ou de condamner la démocratie, mais d’en comprendre le fonctionnement: "J'ai admis cette révolution comme un fait accompli ou prêt à s'accomplir, et, parmi les peuples qui l'ont vue s'opérer dans leur sein, j'ai cherché celui chez lequel elle a atteint le développement le plus complet et le plus paisible, afin d'en discerner clairement les conséquences naturelles, et d'apercevoir, s'il se peut, les moyens de la rendre profitable aux hommes".

C’est aux Etats-Unis qu’il se rend pour comprendre cette révolution démocratique. Tocqueville est fasciné par l’esprit de liberté qui y règne. Toutefois, il constate également que l'égalité y est une valeur en soi et craint que celle-ci ne soit fatale à la liberté: "Les peuples démocratiques aiment l'égalité dans tous les temps, mais il est de certaines époques où ils poussent jusqu'au délire la passion qu'ils ressentent pour elle" explique-t-il. "Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté [...] Mais ils ont pour l'égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible; ils veulent l'égalité dans la liberté, et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l'asservissement, la barbarie, mais ils ne souffrirent pas l'aristocratie". Le vote majoritaire peut s’avérer être le meilleur allié des partisans de l’égalitarisme. Il est en effet difficile de s’opposer une ingérence de l’Etat dans la vie des individus lorsque l’action du gouvernement trouve sa légitimité dans l’avis majoritaire. Toutes les politiques deviennent possibles y compris celles qui restreignent les libertés individuelles au nom de la collectivité. Tocqueville refuse cette conception de la démocratie: « Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire…» et il ajoute « Quand je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du genre humain (...) La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse (...) Il n’y a donc pas sur la terre d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on l’appelle « peuple » ou « roi », « démocratie » ou «aristocratie », qu’on l’exerce dans une monarchie ou une république, je dis : là est le germe de la tyrannie. »  

Il existe donc une opposition entre liberté et égalité. Selon Tocqueville, la démocratie ne suffit pas à garantir le respect des libertés individuelles. La question qu’il se pose est alors la suivante: Que faire pour que l'égalité n'étouffe pas la liberté? Sa réflexion le conduit alors à distinguer deux formes de démocratie: une démocratie libérale conciliant égalité et liberté et une démocratie despotique où règne "l'arbitraire de la majorité". En observant la société américaine, il dégage les conditions nécessaires à la préservation des libertés individuelles: la décentralisation, la séparation des pouvoirs, le respect des croyances religieuses et l’existence d’une presse libre. Mais plus que tout, la démocratie a besoin du goût pour la liberté de chacun. Ce dernier point l’inquiète. Né à Paris le 29 juillet 1805, Alexis de Tocqueville est issu d'une famille de l'aristocratie normande, apparenté à Chateaubriand et l'arrière-petit-fils de Malesherbes, protecteur des philosophes et avocat de Louis XVI. Son père a été emprisonné sous la révolution et une partie de sa famille a été guillotinée par la terreur. Les excès de la révolution dont sa famille a été victime le rend pessimiste quant à la nature humaine. C’est sans doute pour cela qu’il est persuadé de la victoire de la démocratie despotique sur la démocratie libérale. Dans une page restée célèbre, il prophétise un despotisme doux qui rappelle le monde que décrira George Orwell dans 1984 : "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde; je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils remplissent leur âme. Chacun d'eux retiré à l'écart est comme étranger à la destinée de tous les autres ; ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine... Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d'assurer leurs jouissances et de veiller sur leur sort. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril, mais il ne cherche au contraire qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu'ils ne pensent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre !"  

Le développement de l’Etat providence tout au long du 20ème siècle a donné raison à Tocqueville. Pourtant, les premiers théoriciens de la démocratie étaient des libéraux. Leur objectif n’était pas de remplacer le pouvoir absolu d’un roi par celui d’une majorité, mais de limiter le pouvoir de l’Etat afin de sauvegarder les libertés individuelles. En Angleterre, John Locke a été le philosophe de la « Glorieuse Révolution » qui instaura la monarchie constitutionnelle en 1688. Selon lui, chaque homme dispose d’un « domaine propre », c’est à dire de droits naturels inviolables. Ces droits de l’individu sont la conservation de sa vie, de sa liberté et de ses biens. Locke délimite ainsi une sphère privée où l’intervention de la collectivité est interdite: «Le pouvoir de la société ne peut jamais être supposé devoir s’étendre plus loin que le bien public ne le demande. Ce pouvoir doit se réduire à mettre en sûreté et à conserver les domaines propres de chacun » . En 1689, lorsque Guillaume d’Orange monta sur le trône d’Angleterre, il approuva un texte inspiré de la philosophie de Locke : le Bill of Rights. Ce texte reconnaissait l’existence de certains droits fondamentaux. En France, l’approche de Montesquieu fut différente. Il insista sur la nécessité de séparer les pouvoirs pour protéger les citoyens de l’arbitraire: «La liberté politique n’existe que là où on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! La vertu même a besoin de limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».  Après la révolution, Benjamin Constant repris les thèses de Locke en soutenant que l’intervention de l’Etat devait être bornée par le respect des libertés individuelles. Selon lui,  « Les citoyens possèdent des droits individuels indépendants de toute autorité sociale ou politique, et toute autorité qui viole ces droits devient illégitime. Ces droits des citoyens sont la liberté individuelle, la liberté religieuse, la liberté d’opinion, dans laquelle est comprise sa publicité, la jouissance de la propriété, la garantie contre tout arbitraire. Aucune autorité ne peut porter atteinte à ces droits sans déchirer son propre titre »

Lorsque les Américains rédigèrent leur constitution en 1787, ils avaient à l’esprit l’enseignement de Locke. Leur but était de protéger les libertés individuelles des empiètements de l’Etat fédéral. Pour cela, ils eurent recours à la notion de hiérarchisation des normes juridiques. En d’autres termes, une loi n’est valable qui si elle respecte les normes juridiques qui lui sont supérieures. Ces normes sont par ordre croissant : les règlements et les directives administratives, la loi, les traités internationaux et enfin la constitution et ses célèbres amendements inspirés de la Bill of Rights. Ainsi, aucune loi votée par la majorité ne peut être contraire aux libertés fondamentales garanties par la constitution. Ce principe simple permet de borner l’action politique de la majorité en la soumettant à un droit supérieur et inaliénable. C’est ce principe que reprendront les révolutionnaires français dans la « Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen ». Le terme de « Déclaration » ne doit rien au hasard. Il ne s’agit pas de créer des droits, mais de reconnaître l’existence de droits inhérents à l’individu et indépendants de toute décision politique. La plupart de ces droits sont des droits-libertés dans le sens où ils imposent à l’Etat des bornes à son action. Cette conception limitative de la constitution protège les individus contre « l’arbitraire de la majorité » que redoutait Tocqueville. Cependant, au cours du 20ème siècle, l’idéal démocratique des lumières a été déformé par une conception erronée des droits de l’homme. Peu à peu, de nouveaux droits ont été incorporés à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1789. Il s’agit de droits-créances qui justifient l’action de l’Etat dans la vie des citoyens au lieu de l’empêcher comme le faisaient la déclaration de 1789. Par exemple, le préambule de la constitution de 1946 prévoit que «La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement » . De même, « le droit de travailler » qui interdisait à l’Etat d’empêcher un citoyen de travailler est devenu « le droit au travail»  qui justifie les politiques Keynésiennes et l’Etat providence de la seconde moitié du 20ème siècle.

 Cette conception moderne de la démocratie est en totale opposition avec l’idée que ses premiers défenseurs s’en faisaient. Alors que Montesquieu et Locke défendaient les libertés individuelles contre le pouvoir arbitraire de l’Etat, nos contemporains ont oublié ces principes pour ne retenir que le vote majoritaire. De ce point de vue, les prévisions de Tocqueville se sont avérées exactes. Cependant, il ne s’agit là que d’une déformation de l’idéal démocratique. Deux cent ans après sa naissance, Tocqueville nous met en garde contre les dangers qui menacent nos libertés individuelles. Il nous rappelle qu’il ne peut exister de véritables démocraties sans respect du droit naturel. Aujourd’hui, les libéraux combattent le rôle de l’Etat providence en matière de santé, d’éducation ou de retraite. Souvent, leurs adversaires les accusent d’avoir des motivations purement financièrement. Pourtant, ce n’est pas au nom de l’efficacité économique que les libéraux  refusent l’intervention de l’Etat dans la vie des citoyens, mais au nom de la suprématie des droits individuels sur les droits de l’Etat. Nous n’avons pas à choisir collectivement notre assurance santé, l’éducation de nos enfants et notre régime de retraite tout simplement parce qu’il s’agit de choix individuels. Dans une démocratie, rien ne peut justifier que la majorité prenne des décisions à propos de sujets qui ne concernent que les individus. Actuellement, il y a probablement peu de français qui perçoivent l’interdiction de choisir leur assurance santé comme une privation de liberté. Toutefois, même si certains sont d’accord pour renoncer à cette liberté, cela ne leur donne pas le droit d’obliger leurs concitoyens à abandonner la leur. Le pouvoir, qu’il s’agisse de celui de l’Etat, de la majorité, des entreprises ou des syndicats, doit s’arrêter là où commence les libertés individuelles. L’œuvre de Tocqueville nous rappelle ce fait essentiel sans lequel la démocratie ne peut perdurer : «Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d’elles que l’égalité les conduise  à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux lumières.»   

Par Bastien
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Lundi 28 août 2006
  • Contrairement aux apparences, le PS ne se résume pas aux larmes de Lionel, au sourire de Ségolène et aux plaintes de Laurent. C’est étonnant, mais le PS a également un projet.

    Que proposent les socialistes pour 2007? C'est simple: Encore plus de réglementations et dépenses publiques dans une France qui est pourtant déjà en retard par rapport à ses principaux voisins. Les socialistes l’affirment : ils veulent rompre avec « la mondialisation libérale ». Quand on sait ce qui se passe dans le reste du monde, en Amérique, en Chine ou en Europe, autant dire que les socialistes veulent rompre avec la réalité.

     Voici quelques propositions du PS :

    -Le SMIC à 1500 euros bruts d’ici 2012.

    -Faire progresser le pouvoir d’achat dans la fonction publique.

    -Rendre la fiscalité plus redistributive.

    -Renforcer les services publics et revenir à un contrôle public d’EDF à 100%.

    -Renforcer le rôle de l’Etat dans la détermination de la stratégie des entreprises.

    -Une tarification sociale de l’eau.

    -Augmenter le budget européen.

    -Réactivation des emplois jeunes.

    -Suppression du CNE et affirmation du CDI.

    -Les socialistes affirment leur attachement aux formes économiques alternatives (SCOP).

    -Renforcement du rôle des mouvements associatifs sportifs, culturels et d’éducation populaire.

    -L’Etat doit être le moteur du développement durable et solidaire.

    -Nous mettrons en place des indicateurs de croissance durable pour construire de nouvelles mesures de la richesse nationale. 

    -Nous créerons un service public accessible dès le plus jeune âge.

    -Nous développerons toutes les formes d’aide gratuite pour lutter contre la marchandisation de l’école.

    -Nous prendrons en compte la mixité sociale dans les dotations accordées aux écoles privées sous contrat. Nous supprimerons la participation financière obligatoire des communes pour les élèves scolarisés dans un établissement privé situé hors de la commune de résidence.

    -Nous abolirons l’apprentissage à 14 ans.

    -Nous réaliserons 120000 logements sociaux par an.

    -Nous proposerons la mise en place d’un mode de financement public transparent et de mesures favorisant la cotisation syndicale.

    -Les salariés auront par l’intermédiaire de leurs représentants, le droit de vote dans les instances décisionnaires de l’entreprise.

    -Nous augmenterons les effectifs de l’inspection du travail pour faire respecter le code du travail.

    -Mise en place d’un service civique obligatoire pour tous les jeunes.

    -Nous favoriserons et développerons l’emploi culturel.

    -Nous consoliderons le régime des intermittents du spectacle.

    -Nous favoriserons un audiovisuel public fort.

    -Nous instaurerons une taxation des recettes publicitaires des chaînes privées en faveur de l’audiovisuel public.

    -De nouvelles ressources seront dégagées pour financer les biens publics mondiaux.

    Le parti socialiste ne chiffre pas le coût de ce projet. DSK parle de 50 milliards d’euros alors que JF Copé l’estime à 115 milliards. Dans tous les cas, ce projet implique une hausse des dépenses publiques et des impôts. Dommage pour le pouvoir d’achat des français. 

     http://www.parti-socialiste.fr/tiki-download_file.php?fileId=231

     

     

 

Par Bastien
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